DE BILLY

chapani



À CHARLOT

 


 

 

Bien avant qu'il ne devienne ce Charlot international, le jeune Charlie était déjà monté sur les planches en commençant très tôt, dès l'âge de cinq ans. Mais c'est surtout à douze as et demi que la chance lui sourit. Voici quelques extraits de son livre " l'histoire de ma vie" édité chez Robert Laffont, où le grand Charlie Chaplin nous dévoile ses souvenirs de jeunesse. 

" Certains d'entre nous reçoivent un coup heureux, un coup de chance et c'est ce qui m'arriva. J'avais été vendeur de journaux, ouvrier d'imprimerie, fabriquant de jouets, souffleur de verre, garçon de courses chez un médecin, etc...  mais au milieu de toutes ces aventures professionnelles, je n'avais jamais perdu de vue mon but final qui était de devenir comédien. Aussi, entre deux métiers, je cirais mes chaussures, brossais mes vêtements et me rendais à l'agence théâtrale Blackmore, dans Bedfort Street à côté du Strand. Je le fis jusqu'au jour où l'état de ma toilette m'interdit toute nouvelle visite. La première fois que j'y allai, le bureau s'ornait d'adorateurs de Thespis des deux sexes et impeccablement vêtu, qui, debout, conversaient avec grandiloquence. J'attendais tout tremblant dans un coin de la porte, horriblement intimidé, m'efforçant de dissimuler mon costume usé des intempéries et mes chaussures un peu déformées aux doigts de pieds...

- Qu'est-ce que vous voulez ? 

J'avais l'impression d'être Oliver Twist qui réclamait davantage. 

- Vous n'avez pas de rôle de jeune garçon ? balbutiais-je. 

- Vous êtes inscrit ? 

Je secouai la tête. A ma stupéfaction, il me fit entrer dans le bureau voisin, prit mon nom, mon adresse et toutes les indications nécessaires, en me disant que si une occasion se présentait, il me le ferait savoir. 

Un mois après, je reçus une carte postale disant : 

-"Voudriez-vous vous présenter à l'agence Blackmore, Bedfort Street". 

Vêtu de mon costume neuf, je fus introduit en présence de monsieur Blackmore, en personne, qui se montra tout sourire et tout amabilité. Monsieur Blackmore, que j'avais imaginé comme un être  tout puissant et au regard inquisiteur, m'accueillit avec beaucoup de bonté et  me donna un mot pour monsieur Hamilton, à d'administration du Théâtre Charles Frohman. Monsieur Hamilton le lut et parut amusé et surpris de ma petite taille. Je mentis naturellement à propos de mon âge : je lui dis que j'avais quatorze ans alors que j'en avais douze et demi. Il m'expliqua que je devais jouer " Billy " le petit groom de Sherlock Holmes pour une tournée de quarante semaines qui commencerait à l'automne.  

- En attendant, dit monsieur Hamilton, il y a un excellent rôle de jeune garçon dans une nouvelle pièce  : " Jim, le roman d'un cockney ", une œuvre de monsieur H.A. Saintsbury, l'acteur qui doit jouer la vedette dans Sherlock Holmes au cours de la prochaine tournée. 

" Jim " serait monté à Kingston pour quelques représentations d'essai avant la tournée de Holmes. Mon cachet était de deux livres dix shillings par semaine, le même que celui que j'aurais pour Sherlock Holmes. Monsieur Hamilton me donna ensuite un mot pour monsieur Saintsbury, dont il me dit que je le trouverais au Green Room Club, dans Leicester Square, et je m'en allai, sans sentir le poids de mon corps. 

Je reçus le même accueil au Green Room Club, monsieur Saintsbury appelant d'autres membres du Club pour me montrer à eux. Monsieur H.A. Saintsbury, qui jouait Holmes en tournée, était une vivante réplique des illustrations du Strand Magazine. Il avait un long visage sensible et un front inspiré. De tous ceux qui jouaient le rôle de Sherlock Holmes, on le tenait pour le meilleur, meilleur même que William Gillette, le créateur et l'auteur de la pièce. 

Après une tournée de dix mois qui va nous conduire dans toute l'Angleterre, nous rentrâmes pour jouer huit semaines dans la banlieue de Londres. Sherlock Holmes étant un succès phénoménal, devait partir pour une seconde tournée, trois semaines après la fin de la première. William Gillette, le créateur de la pièce " Sherlock Holmes", vint à  Londres avec Mary Doro, pour jouer  une pièce intitulée " Clarissa" et dont il était l'auteur. Les critiques ne furent pas tendres pour la pièce ni pour la façon de s'exprimer de Gillette, ce qui l'amena à écrire un lever de rideau : " la triste situation de Sherlock Holmes" dans lequel lui-même ne prononçait pas un mot. Il n'y avait que trois rôles, une folle, Holmes et son groom. Ce fut comme un appel du ciel que de recevoir un télégramme de monsieur Postant, l'imprésario de Gillette, me demandant si je pouvais venir à Londres pour jouer le rôle de Billy avec William Gillette dans ce lever de rideau.  

Je tremblais d'angoisse, car je ne pensais pas que notre troupe pût remplacer Billy en tournée avec un préavis aussi bref, et pendant plusieurs jours, je vécus une pénible attente. Mais on finit quand même par trouver un autre Billy. 

Revenir à Londres pour jouer dans un Théâtre du West End, c'était pour moi rien moins qu'une renaissance. J'étais fasciné par le moindre incident : mon arrivée, le soir, au Théâtre du Duc d'York, et ma rencontre avec monsieur Postant, le régisseur qui me conduisit jusqu'à la loge de monsieur Gillette et les paroles de celui-ci après qu'on m'eut présenté : 

- Voudrais-tu jouer dans Sherlock Holmes, avec moi ? 

Et l'expression d'enthousiasme avec laquelle je répondis : 

- Oh, je pense bien, monsieur Gillette ! 

Et le lendemain matin, j'attendais sur la scène et je vis Mary Doro pour la première fois, vêtue de la plus ravissante robe d'été blanche. Quel choc de voir une créature aussi belle à une heure aussi matinale... Elle était d'une beauté si accablante que lui en voulais. Je lui  reprochais la moue de ses lèvres délicates, ses dents blanches et régulières, son adorable menton, ses cheveux d'un noir de jais et ses yeux sombres... Elle ne parut pas remarquer ma présence; je venais d'avoir seize ans et la proximité de cette beauté me détermina à ne pas me laisser obséder par elle. Mais, oh mon Dieux, qu'elle était belle ! Ce fut le coup de foudre... 

Dans " La triste situation de Sherlock Holmes" Irène Vanbrugh, une comédienne remarquablement douée, jouait le rôle de la folle, pendant que Holmes se contentait de rester assis et de l'écouter. C'était sa façon de se moquer des critiques. Je prononçais les premières répliques : j'arrivais en trombe dans l'appartement de Holmes et je me cramponnais aux portes pendant que la folle entrait. Pendant vingt minutes, elle se répandait en propos incohérents concernant une affaire qu'elle voulait lui confier. Subrepticement, Holmes écrivait un mot, donnait un coup de sonnette et me glissait le billet. Un peu plus tard, deux robustes gaillards entraînaient la dame, nous laissant Holmes et moi en tête-à-tête, et moi de conclure : 

- Vous aviez raison, monsieur, c'était bien cet asile là ! 

Les critiques apprécièrent la plaisanterie, mais " Clarissa", la pièce que Gillette avait écrite pour Mary Doro fut un échec. 

Tout en vantant la beauté de Mary, ils déclarèrent que ce ne fut pas suffisant pour faire une affreux mélo ; aussi Gillette termina-t-il la saison en reprenant Sherlock Holmes, où l'on m'engagea pour le rôle de Billy. J'étais si excité à l'idée de jouer avec le célèbre William Gillette, que j'avais oublié de m'enquérir des conditions. A la fin de la semaine, monsieur Prostant s'approcha d'un air d'excuse avec mon enveloppe.  

- Je suis vraiment honteux de ne te donner que ça, dit-il, mais à l'agence Frohman on m'a dit que je devais te payer le même cachet que tu avais précédemment : deux livres dix. 

Aux répétitions de Holmes, je rencontrai à nouveau Mary Doro, plus belle que jamais... Dans Holmes, elle jouait le rôle d'Alice Faulkner, mais nous n'avions jamais de scène ensemble... 

Holmes fut aussitôt un triomphe. La reine Alexandra assista à une représentation : elle partageait le loge royale avec le Roi de Grèce et le Prince Christian.  Le prince, de toute évidence, expliquait la pièce au Roi, et au moment le plus tendu, alors que Holmes et moi étions seuls sur scène et que nous nous taisions, une voix sonore et avec un fort accent à retentit à travers la salle : 

- Ne me racontez pas ! Ne me racontez pas ! 

Le soir où avait lieu la dernière représentation de Sherlock Holmes au Théâtre du Duc d'York, et où Mary Doro devait repartir pour l'Amérique, je m'en allai tout seul et j'essayai de noyer mon désespoir dans l'alcool. 

Je revis Mary deux ou trois ans plus tard à Philadelphie. Elle présidait l'ouverture d'un nouveau théâtre où je jouais dans la troupe de Karno*. Elle était toujours aussi belle. Des coulisses, je la regardai sous mon maquillage, pendant qu'elle prononçait un petit discours, mais j'étais trop timide pour me faire connaître !

 

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*Au terme d'une enfance souvent misérable durant laquelle il apprit par intermittence les dures réalités du métier de comédien, Charlie Chaplin fut engagé dans la célèbre troupe londonienne de Fred Karno. Il avait alors 17 ans. Son contrat le mènera aux Etats-Unis, où il fera fortune.

 

 

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 Charlie Chaplin s'est éteint à l'âge de 88 ans. C'était le 25 décembre 1977. Quel triste matin de Noël. Et dans de nombreux magazines, CHARLOT pleurait celui qui l'avait rendu si célèbre.

Voilà pourquoi, j'ai souhaité rendre hommage à ce grand Monsieur en lui consacrant cette page. Aujourd'hui encore Charlie Chaplin demeure toujours présent dans nos cœurs et particulièrement dans celui de ma fille Camille qui lui voue une grandiose admiration. Livres, films, musiques de films, statuettes, affiches, figurines, cartes postales, journaux, photographies, etc... etc... CHARLOT est PARTOUT !!!       

                                                                       

 

 

 

 

Groom Charlie Chaplin

Gillette

Charlie Chaplin dans le rôle de Billy

William Gillette

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